Mécanik Blues

Au dessus des forêts, des rivières et des villes, dans le confort douillet de ma cosmobagnole
Bercé par le silence d'un trajet sans histoire, pilote automatique et vol hypersonique
Je regarde mon visage ridé dans le miroir, que le temps passe vite, déjà 2038 !
Que le monde a changé, privé de son pétrole, des bruits et pollutions de ces moteurs débiles

Et je repense à toi, ma douce bien-aimée, que j'avais rencontrée, par un soir d'errance
Voiture stoppée, capot levé, sur le bord de la route, nous avions bricolé...
Et l'odeur du cambouis sur tes mains gracieuses, tripotant les durites et colliers securit,
Cheveux collés au front par le bruine, et tes yeux allument un soleil au fond de ma poitrine...

Mais depuis le grand crack, c'est l'exode urbain, exit mégalopoles, banlieux, réseaux routiers
Ni frontières ni haine pour cette humanité, pas un endroit sur terre qui soit inaccessible
Mon frère vit en Espagne, ma soeur en Australie, chacun dans son terrier, pas de voisin nuisible
Les distances abolies par le voyage instantané, on se voit quand on veut, et on se voit jamais...

Et je repense au temps où les autos avaient des roues, où je courrais les casses, cherchant la bonne pièce
Reçu par des patrons, mains noires et chaotiques, au milieu des carcasses, le regard sympathique
Odeurs d'essence, de graisse et de lockhead, chaleur humaine dans un bordel de métaux et de boue...

Ce monde aseptisé, sans conflit ni surprise, où la technologie ne connaît nulle panne
Plus de risque, plus de crise, impossible de finir sa vie contre un platane !

Les rencontres sont rares et toujours programmées, plus de problème, plus d'imprévu
Aucune place pour les aventuriers, mises à part les étoiles et lointaines planètes ...

Et je repense au temps des galères mécaniques, peau des mains arrachée par une clé qui ripe
Heures de bataille passées sur un boulon rouillé,
Odeurs et fluides du moteur dégueulasses provoqués par la rupture du joint de culasse
Enfin contact et joie intense de l'engin qui démarre

Et puis voir ton sourire de savoir qu'on pourra partir, atteindre l'océan, enivrés par le sel
Faire l'amour dans les vagues, malgré les plaies qui piquent
Ne reste que des fantômes de cette époque épique
Ton image en 3D flotte derrière le cockpit, et je me saoule la gueule, dans ma cosmobagnole.

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